Le DOSSIER du FRIGO

La lecture d’un dossier de bilan en santé mentale infantile de trente ans, c’est un peu comme rouvrir un vieux réfrigérateur dans les vestiges d’une ville fantôme : ça pue grave.

Ça pue d’autant plus qu’un tel vocabulaire est encore employé dans certains lieux censés diagnostiquer et « soigner » les enfants qui leurs sont confiés pour des bilans.

Rebondissement dans l’affaire que j’avais décrite ici sur ce blog, sous le titre : « Votre enfant ne parlera jamais »..

Suite à mes recommandations et sachant que les archives sont conservées une trentaine d’années en moyenne dans les centres médicaux, mon fils a demandé la copie de son bilan psychologique, passé à la fin des années quatre-vingt dans ce fameux « Centre de Santé Mentale Infantile ».

Il m’a aussi permis de le scanner et de le lire. Je l’en remercie.

Le dossier comporte des pages manuscrites dont certains passages sont illisibles et une synthèse tenant sur deux pages. Je pense en avoir déchiffré l’essentiel et c’est édifiant.

En voici quelques extraits plutôt « intéressants » :

Extrait 01

Extrait 03
« Pas d’affectivité dans les propos maternels » (!)
Extrait 04
« … le dessin (du puzzle) apparaît inquiétant par le fait que tous les morceaux semblent réunis entre eux. Il y a certainement une angoisse de morcellement. Tendance à s’enfermer dans des productions graphiques. »
Extrait 11
« ► Bilan neuropédiatrique. ► Suivi des parents. ► Bilan dans 3 mois. »
Extrait 10
Information fallacieuse apparaissant dans le document de synthèse : aucun bilan ne nous avait été proposé par la psychomotricienne, vu que nous n’avions eu aucun échange verbal après qu’elle ait vu notre fils. Il semble qu’elle ait transmis des informations fausses ou incomplètes au pédopsy, qui l’a transcrit dans son document de synthèse.

À la lecture de toutes ces notes, il apparaît que la psychomotricienne fut la plus virulente dans ses sentences :

Extrait 02
« Immaturité »… « contexte d’angoisse relationnelle »… « angoisses archaïques »… « carence affective »
Extrait 04
« (Prénom) accepte quelques petits tests, il y répond en me faisant agir (test sur image, puzzle) ce qui permet de voir l’existence du schéma corporel. Mais le dessin apparaît inquiétant par le fait que tous les morceaux semblent réunis entre eux. Il y a certainement une angoisse (… ? … corporelle ?) (atten..? morcellement ? Perte d’1 partie) comme cela a été évoqué ds le jeu. »
Extrait 05
« Il y a un évitement important de tout échange gestuel en particulier lorsque les membres supérieurs sont utilisés. »
Extrait 06
« Conclusion : Trouble instrumental, agressivité, quête affective, immaturité psycho-affective. Angoisses archaïques ; dévoration, anéantissement ; défenses obsessionnelles. »
Extrait 07
« dessine beaucoup mais parle peu. Problèmes à la maison car déménagement, sœur, travaux dans la maison. ► agressivité »

Donc, l’agressivité serait due à : un déménagement, sa soeur et des travaux dans la maison. Ce qui suppose que déménagement + soeur + travaux seraient des causes d’exacerbation de l’agressivité chez les enfants ? Fortiche !

 

Et enfin, d’une façon plus neutre, quelques autres détails amusants car tout à fait classiques de l’autisme :

Extrait 08
« Alimentation difficile (ne mange pas la viande si le morceau n’est pas cubique) »

C’est vrai que nous sommes un peu pinailleurs dans la famille et les chiens ne font pas des chats.

Extrait 09
« Sommeil RAS depuis 2 ans. Les 2 premières années : nuits hachées. Aime classer les affaires. Legos »

 

Le tout avec quelques « bonus » (voir notes à la fin du billet).

Rien d’étonnant. Ça faisait longtemps que j’avais compris avoir eu affaire à des dogmatiques aveuglés, et notamment cette psychomotricienne particulièrement fourbe dans sa façon de se comporter.

Crocofrigo 2 réduit

Mais c’est néanmoins violent à lire, quand on connaît un peu la « chanson » du discours psychanalytique.

C’est lourd, aussi collant et polluant qu’une flaque de mazout après un dégazage sur le littoral. C’est comme une grosse merde, sauf que ça ne porte pas bonheur quand on marche dedans. Ça pue et ça poisse.

Ce sont des formules qui empestent l’accusation, la perversité pontifiante, et les sentences psychanalytiques « à la » Bettelheim.

Je serais tellement heureuse de pouvoir dire que c’est du passé, que ce temps est révolu, où les mères étaient tenues pour responsables de l’autisme de leurs enfants. Mais si certains de ces professionnels ont modifié leur vision de l’autisme, il en existe encore en liberté, qui continuent impunément de saboter des vies humaines.

Je ne sais pas si ces professionnels ont évolué. Je sais qu’ils exercent encore. Mais j’aimerais bien savoir s’ils ont des remords et ce qu’ils diraient maintenant de ce qu’ils osèrent noter dans les dossiers de ces enfants qu’ils ont évalués au cours de leur carrière. De tous ces enfants, de leurs parents, de leurs fratries… dont ils sabotèrent plus ou moins le parcours.

On ne les voit jamais, ces gens, faire leur mea culpa et demander solennellement et médiatiquement pardon, faute de pouvoir recontacter chaque usager maltraité.

Pourtant, depuis le temps, depuis qu’on sait que les théories sur lesquelles ils s’appuyaient étaient totalement erronées, depuis qu’ils ont à leur disposition des outils de formation pour mettre à niveau leurs connaissances sur l’autisme, ils devraient avoir pris la mesure de leur fourvoiement et pourraient au moins tenter de se racheter en manifestant des regrets.

Ils n’auront jamais à répondre de leurs actes. C’est ainsi. L’heure n’est pas à demander réparation : le temps perdu ne se rattrape pas. Mais faute de réparer, faire amende honorable pourrait apaiser bien des rancunes.

Seulement, il en existe de semblables qui courent toujours, et il n’est pas tolérable de les laisser continuer d’influencer les tribunaux, les travailleurs sociaux, comme d’accéder aux amphis d’où sortiront les générations futures de psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux… Sans parler des médias qui offrent encore tribune à ces idéologues toxiques qui devraient être écartés car leur pouvoir de nuisance est encore trop prégnant.

Peut-être que dans le futur, un écrivain pourra, de ces archives exhumées des années soixante à deux mille vingt en France, puiser matière à construire quelque thriller glauque dont le pivot serait : les effets de la conception psychanalytique et erronée de l’autisme sur ceux qui en firent les frais. Les institutions relatives à la santé mentale infantile regorgent de matériel exploitable. C’est pourquoi, avant que des traces compromettantes s’évaporent « étrangement », les usagers concernés seraient bien avisés de réclamer copie de leurs dossiers*.

On ne sait jamais.

© Blandine Messager – 2018

 

 

(*) – C’est un droit pour tout patient et les services administratifs de santé sont tenus de fournir les pièces demandées. Voir ici pour les modalités.

 

Les bonus :

– Avoir interrogé notre médecin généraliste sur le passé médical de son père, alors que nous avions donné notre autorisation pour ce qui concerne notre fils (et pas des parents !). Mais nous ne savions pas qu’ils joueraient sur les mots.

– Avoir émis des jugements moraux au sujet de nos choix de vie de l’époque (allaitement, alimentation, conceptions éducatives décrites comme « naturalistes » parce que j’avais accouché de ma fille à la maison…).

– Avoir noté (à charge ?) que nous aurions refusé un bilan neuropédiatrique conseillé par la psychomotricienne, alors que nous n’avions JAMAIS échangé le moindre mot avec elle après qu’elle ait vu notre fils.

– Nous avoir prêté (dans les notes) l’usage de certains mots qui n’ont jamais fait partie de notre vocabulaire, comme le mot « caprices », par exemple. Ce qui semble signifier que le pédopsy a interprété nos dires selon ses propres prismes.

– Avoir prétendu que notre fils avait été envoyé par la psy scolaire pour un « retard de langage », alors que c’était l’institutrice (en l’occurrence la directrice de l’école) qui nous avait sommés de le présenter à cette équipe parce qu’elle trouvait son comportement ingérable. Le retard de langage passant au second plan.

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4 réflexions sur “Le DOSSIER du FRIGO

  1. le dessin (du puzzle) apparaît inquiétant par le fait que tous les morceaux semblent réunis entre eux –> Donc, si tu réunis tous les morceaux, y’a morcellement et il manque une partie…. Et si tu réunis pas les morceaux, heu… bah… y’a morcellement aussi… trop trop fort !

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est tout à fait ça ! Quoiqu’on fasse, on a tort face à ces idéologues. C’est comme dans le premier article « Votre enfant ne parlera jamais », où lors du rendez-vous de synthèse, le pédopsy m’avait dit que mon fils était autiste parce que je serais trop froide, puis qu’après que je me sois défendue en expliquant pourquoi ce n’était pas le cas, il m’avait sorti que ce serait donc l’inverse : que je serais trop fusionnelle. Mais en tous cas, impossible de leur faire entendre raison car tout argument est utilisé à charge. Dans ces situations, on se croirait dans un procès en sorcellerie ou de l’époque stalinienne. Les biais sont les mêmes.

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