Gentils méchants… Méchants gentils…

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… Gentils gentils… Méchants méchants…

J’ai parfois entendu des gens évoquer leur attirance vers des personnes autistes.

Pour certains, cela relèverait possiblement de points de ressemblance avec des caractéristiques du spectre autistique. Mais cela peut-être aussi dû à d’autres traits propres à l’autisme.

Il est possible de partager avec les autistes certains de leurs aspects positifs reconnus chez la plupart : probité, absence de perversité, sérieux, moralité, droiture, loyauté, logique dans les raisonnements, prévisibilité… Ce sont effectivement des qualités qu’on retrouve fréquemment parmi eux.

Mais avant d’en déduire qu’on est soi-même autiste parce qu’on les apprécie, il convient de se demander si on est aussi concerné par les aspects moins « cools » comme les troubles de la motricité, les lenteurs cognitives ou praxiques, les distorsions sensorielles, les stéréotypies, les autostimulations et automutilations éventuelles, les obsessions (routines et intérêts restreints), les rigidités, les douleurs (parfois), le rejet social, la fatigue, les malentendus sociaux, les « shutdowns », « meltdowns », le traitement différé, les décalages dans l’expression des émotions (inexpressivité physique et difficulté à interpréter les expressions dans des délais normaux), les difficultés à évaluer son propre état émotionnel (alexithymie), les somatisations, les peurs physiques et sociales…

Donc oui, on peut se sentir proche d’eux, tout en réalisant qu’on n’en a pas le niveau de handicap (ou pas tout à fait). Ceci dit, certains s’affirment non handicapés (les chanceux).

Mais ne pas idéaliser : les personnes autistes peuvent aussi se comporter de maintes façons inacceptables qui peuvent aller de l’entêtement stupide à la monstruosité.

Et attention, là. Je vais dire des choses peu flatteuses, qui peuvent faire grincer les « ravis de la crèche des Bisounours », autrement-dit, ceux qui s’imaginent que les autistes sont des anges ou que, parce qu’ils sont autistes, ils ont des ailes dans le dos. Je vais ternir l’auréole !

Quand on connaît plutôt des autistes à haut fonctionnement intellectuel, cela peut donner une vision biaisée d’eux car chez ceux-ci, l’intelligence générale permet de compenser nombre de lacunes, notamment en termes d’ouverture d’esprit, de recul quant à leurs propres travers, de capacités d’autocritique, de capacité à dépasser certaines rigidités et fermetures mentales pour apprendre, évoluer et s’ouvrir à d’autres vérités que les croyances initiales.

Car quand la douance n’est pas au rendez-vous (mais sans déficience intellectuelle non plus : donc quand l’intellect fonctionne de façon moyenne), ou quand manque l’expérience de la vie, on y rencontre aussi beaucoup de fermeture, d’impossibilité de changer d’avis, d’évoluer, d’incapacité à voir les choses autrement que selon des routines et certitudes rigides… Et même chez les surdoués ! J’en sais quelque chose pour, bien qu’ayant un QI très élevé, avoir été moi-même particulièrement imbuvable dans ma jeunesse (et cela m’arrive encore malgré mes efforts).

Et même si ces autistes sont gentils, honnêtes et sincères, ils peuvent être particulièrement pénibles à côtoyer car avec eux, le dialogue est souvent vain. Un autiste qui a décidé de penser d’une façon et pas d’une autre est buté à un point qui frise la connerie complète. On a beau tenter de le raisonner, même sur la base de données logiques, il n’y a rien à faire. Et c’est ainsi qu’on peut les entendre émettre des réponses des plus « débiles » genre :

« oui mais j’ai l’habitude de faire comme ça ! »

« c’est vrai car Untel l’a dit à la TV »

« tous les (…) sont toujours (…) » (Les postures en « ismes » discriminantes)

« j’ai toujours fait comme ça donc toutes les autres méthodes sont mauvaises »

… Et autres sentences qu’ils peuvent répéter comme des perroquets « parce que c’est comme ça et basta ! » pour caricaturer à peine…

J’en ai parmi mes proches et ce ne sont pas des cadeaux à supporter (des personnes à profil autistique, disons, puisqu’ils n’ont jamais été évalués en ce sens)*. De même que cela a dû nous amener à des césures dans la famille, pour se protéger. Certes ils n’ont pas de malice en eux, ne sont pas mauvais, mais sont sacrément fermés. Et dans certains cas, ils peuvent se livrer à des actions néfastes pour peu qu’une personne mal intentionnée exerce sur eux une emprise pour en faire de bons petits soldats au service du mal (et ça peut même arriver à des gens très intelligents). Car une fois qu’un autiste prête serment, place sa loyauté au service de…, si le bénéficiaire de cette loyauté décide d’en user à des fins funestes, la malfaisance, la connerie, le rejet abscons, les manœuvres stratégiques tordues, les radicalisations diverses… peuvent survenir. Et la ceinture d’explosifs n’est pas loin ! (C’est une image, bien sûr).

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Je connais bien le processus pour avoir failli basculer du « côté obscur » à certains moments de ma vie, alors que j’étais sous l’emprise de personnes qui auraient pu m’amener à commettre des choses nuisibles : parce que j’étais loyale envers eux et que je croyais tout ce qu’ils me disaient. Maintenant que j’ai compris pourquoi, je peux enfin me protéger de telles influences. Et pourtant je suis très au dessus de la moyenne sur le plan intellectuel, donc finalement pas tant à l’abri que ça et le vertige me prend souvent quand je songe à certaines situations où j’aurais pu verser plus encore dans des situations dangereuses. Car j’ai croisé parfois le chemin de prédateurs qui avaient vite pigé comment m’instrumentaliser.

Il est aussi très facile de pousser un autiste à la faute, car il ne se méfie pas. Puis de se dégager ensuite du processus en le montrant du doigt pour se disculper. Les autistes sont des proies faciles, des boucs émissaires de choix.

Quand une personne autiste se livre à des actions malfaisantes, à des comportements malsains… Il convient de toujours chercher qui se cache derrière lui ou elle, qui tire les ficelles.

Une des choses les plus importantes que l’on devrait apprendre aux jeunes autistes, c’est à distinguer les différentes façons dont une personne mal intentionnée pourrait abuser d’eux et les exploiter pour commettre des méfaits. Et pour cela, il convient aussi d’utiliser leurs forces naturelles, à savoir leur logique et leur sens de l’observation pour débusquer les incohérences dans les injonctions qu’ils subissent de la part de leurs « amis ». Dans le mot « amis », j’inclus aussi les proches, comme la famille et les conjoints.

Combien de compagnes autistes d’hommes aux intentions prédatrices se retrouvent projetées dans la prostitution, les trafics, la délinquance ? Combien d’autistes liés à des conjoints aux desseins tordus se retrouvent enjoints, tels de petits soldats, à commettre des méfaits pour satisfaire un ou une chéri(e) malfaisant ? Combien de subalternes autistes zélés qui, voulant satisfaire un chef qu’ils admirent, se livrent à des actions illégales ou iniques ? Combien d’autistes enrôlés dans des sectes et organisations dangereuses ? Combien de ces petits soldats zélés envoyés au front dans des combats qui ne sont pas les leurs ?… Combien de victimes innocentes, tant chez les autistes eux-mêmes que chez ceux qu’on leur indique comme cibles à détruire ?… ?

Si la personne autiste est, en son for intérieur, une personne dépourvue de méchanceté, son environnement humain peut la transformer en monstre.

Et ça, c’est peu flatteur pour l’image qu’on cherche à montrer de la condition autistique. Mais c’est pourtant une réalité à prendre en compte.

Il m’a fallu l’expérimenter dans ma propre histoire familiale pour le comprendre au fil du temps. Plusieurs membres de ma famille, dont moi-même, avons été abusés par des personnes maléfiques qui, pour certains d’entre-nous, ont amené à commettre des choses parfois terribles. Pour d’autres, ce fut la spoliation par manque de perspicacité.

Cela peut donc induire des états de dissonance cognitive, dans lesquels la personne faisant l’objet d’une instrumentalisation se retrouve paralysée, dépourvue de moyens d’agir dans son intérêt comme dans celui de ses valeurs et pour des personnes envers qui il n’a au départ aucune animosité. Le manque de confiance en soi est souvent le carburant de telles situations. C’est pourquoi il est utile, pour les jeunes autistes, de leur apprendre à faire confiance en leur sens logique et à se dire qu’ils ont le droit d’en user. C’est un défi pour l’éducateur.

Un défi, parce que d’une part ce sens logique peut nuire à l’empathie générale et amener la personne autiste à commettre des impairs, mais paradoxalement, c’est précisément cette qualité qui peut la protéger des abuseurs.

Je n’ai aucune recette quant à cela : je ne vois pas vraiment comment on peut procéder, techniquement, pour développer cette confiance en son propre jugement sur autrui et pour éviter le pire. Mais j’ai fait mon possible, notamment avec mes enfants. Pour ma part, j’ai réussi à développer une meilleure confiance en moi via des expériences malheureuses, par essais-erreurs. Cela m’a coûté beaucoup de temps, d’énergie et de douleurs. J’ai frôlé maintes fois la catastrophe et je frémis rétrospectivement en pensant à pas mal de situations où j’aurais pu atteindre le point de non retour.

Mais dans ce long parcours, l’avènement d’Internet, et de la possibilité d’entrer en communication via l’écrit, m’a appris énormément de choses utiles pour développer mon discernement et ma confiance en mes déductions. C’est grâce à cela que j’ai appris à observer les anomalies de raisonnement, les sophismes, les détails qui clochent… à distinguer les ficelles plus ou moins grosses permettant d’éveiller ma méfiance. Et cet apprentissage des interactions humaines via les discussions à distance m’aide grandement dans mes interactions en direct. Mais cela reste fragile car je traite tout en différé. Ainsi, quand je discute avec une personne de visu, je ne peux répondre dans l’instant et ne puis traiter l’information qu’à posteriori, une fois que je me retrouve seule pour régurgiter ce que j’ai avalé, et le décomposer tel un ruminant.

Le Web est sans doute l’outil le plus abouti dans l’arsenal permettant aux autistes d’apprendre à se protéger des nuisibles. Et paradoxalement, c’est aussi le lieu de tous les abus. Ce qui m’amène à me demander si ce ne serait pas encore un des paradoxes de l’autisme : le Web, s’il abuse nombre de nos contemporains non autistes, serait curieusement le meilleur moyen de les prémunir, de les libérer de leurs prédateurs. C’est ainsi que je pense que l’apparition d’Internet signe le début de l’émancipation des autistes.

Je suis certaine que nombre de conjoints abuseurs, ayant une personne autiste sous leur coupe, sont terrifiés à l’idée que leur proie s’émancipe grâce aux réseaux du net. Et qu’en corollaire, beaucoup de personnes autistes se voient interdire l’accès au net par un conjoint manipulateur. Car dès lors qu’une personne autiste peut accéder à cet outil d’apprentissage et d’information, la dominer devient bien plus compliqué. Je pense que dans les procédures de soutien aux adultes autistes, les professionnels seraient bien avisés d’enjoindre fermement les conjoints de ces personnes à cesser de leur interdire l’accès au net. Je connais des cas parmi mes proches, et j’associe cela à de la manipulation, de la maltraitance. Je pense qu’il s’agit de pratiques hélas courantes.

Je parle pour les adultes. Pour les enfants et ados, c’est plus compliqué et cela mériterait d’être développé. Mais je ne m’en sens pas les compétences.

Et dans mon cas, il est clair que l’accès au Web m’a libérée des influences néfastes et ouverte à la communication avec les humains. Choses pour lesquelles je n’étais absolument pas équipée auparavant.

© Blandine Messager – 2017
(*) – Je précise pour limiter les peaux de bananes !
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2 réflexions sur “Gentils méchants… Méchants gentils…

  1. Et j’irais même plus loin. Je trouve ça plus sain que des personnes NA soient elles-mêmes (même si « personnalités difficiles », et pas « cool », pas « sympas »…).

    Plutôt que de chercher à plaire aux NT, à ne pas déranger et se comporter comme ils l’attendent… Bref être une carpette dans l’espoir qu’on te respecte.
    Ce qui est illusoire en plus vu que les carpettes se font marcher dessus sans vergogne justement (et après on les blâme « t’avais qu’à te défendre »).

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  2. Oui et puis beaucoup de personnes neuroatypiques (autistes mais aussi TOC, haut potentiel, bipolaires, borderline, schizophrènes…) ont des personnalités dites « difficiles » pour l’extérieur.

    Souvent ces personnes n’ont pas plus de défauts que les NT, mais ont juste des défauts plus saillants, plus évidents à première vue, alors que les NT les cachent via le théâtre social.

    D’ailleurs à titre perso j’ai jamais été attiré spécialement par les personnes « agréables » et à la personnalité « facile » (souvent des NT hypocrites et pas forcément bienveillants du tout derrière le sourire) et je préfère largement des personnes dites « difficiles » (mais qui à côté de ça ont plein de qualités profondes si on s’arrête pas aux apparences immédiates)

    Aimé par 2 people

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