Les enguirlandés du bocal

lumieres-multic

Lors du repas de Noël en famille chez ma sœur, j’ai disjoncté.

Nous étions tous attablés, la discussion allait bon train, mais j’avais du mal à me concentrer sur ce qui se disait, et surtout sur ce que j’avais à dire. Je me sentais un peu dans un brouillard cognitif qui atténuait mes raisonnements. Le sujet de la conversation n’était pas en cause.

Puis, j’en ai soudainement compris l’origine : une guirlande ! Une (putain de saloperie de) guirlande.

Ma sœur avait trouvé décorativement judicieux de placer une guirlande clignotante dans un grand saladier de verre, celui-ci posé sur une commode à environ six mètres de moi, sur ma droite, à environ 100° de mon axe (c’est à dire que je devais tourner ma tête vers la droite de 100° pour être face à la guirlande).

Si je regardais mon neveu en face de moi, ça allait. Si je devais regarder ma sœur, à 30° de mon neveu, je commençais à percevoir une gêne, et si je regardais à 70° ma mère, c’était intenable.

Durant la première partie du repas, je n’ai conversé qu’avec mes neveux, et un peu avec ma sœur. Mais impossible de me tourner vers ma mère pour lui adresser la parole : je me sentais mal, sans explication.

Puis soudainement j’ai compris : LA GUIRLANDE !

Celle-ci se trouvait donc à environ 40° à droite de ma mère (en se positionnant face à ma mère), et clignotait dans son bocal.

À chaque fois que je me tournais vers elle, je me faisais « enguirlander » par le bocal ! Ach !

J’ai immédiatement coupé la conversation pour expliquer pourquoi je n’arrivais pas à tourner ma tête vers la droite, depuis le début du repas, et donc à ne pouvoir converser avec ma mère. Ma sœur : « Ah ! Toi aussi ça te gêne ? T’inquiète, je vais la débrancher » (pas la mère, la guirlande). Ouf !

Pourtant, la veille, avec mon fils, nous avions décoré le sapin chez nous avec, entre autres gri-gris scintillants : une guirlande clignotante, et même deux. Et celles-ci, chez moi, ne me posent aucun problème.

En fait, c’est simple, mais il faut expliquer.

La guirlande de ma sœur clignote via un boîtier qui change la fréquence des clignotements. Traduit en linéaire, ça donne ceci :

pointilles-inegaux

Les miennes clignotent de façon constante, toujours selon le même intervalle :

pointilles-reguliers-inter

Et comme leur fréquence n’est pas exactement la même, cela crée des périodes, ou intercycles, comme on les appelle en astronomie, lorsque la différence de cycle entre deux corps célestes de notre système les fait entrer en conjonction (phénomène purement optique : vu de la terre) de façon périodique.

Définition Larousse du mot « période » (physique) : « Intervalle de temps constant après lequel, dans l’évolution d’un phénomène dit périodique, une grandeur reprend de nouveau la même valeur. »

Mes deux guirlandes entrent donc dans une forme de résonance périodique. Le phénomène est lent, le clignotement aussi, et c’est plutôt rassurant.

J’aime les cycles et les intercycles, depuis toujours (je ne parle pas de vélo !). Et ce fut mon intérêt restreint majeur, via une passion qui m’occupa intensivement plus de vingt années de ma vie, associé à des correspondances avec les sciences humaines. Ceux qui me connaissent comprendront de quoi je parle, mes proches se marreront du fait que durant ces années, je ramenais systématiquement toutes les conversations sur ce sujet, et ne jugeais du monde qu’au travers de ce prisme. Maintenant, j’en suis « déconvertie », j’ai pris mes distances et je ris de moi aussi.

Oui : « déconvertie », comme les déserteurs de sectes ou les « déconvertis » de la psychanalyse (dont je fais partie aussi).

Toujours est-il que les intercycles lumineux, quand ils ne me fascinent pas, me posent aussi un sérieux problème sensoriel et me privent d’interactions sociales comme d’user de mon cerveau de façon correcte. Mais allez expliquer ça au tout-venant !

© Blandine Messager – 2016

 

Voir aussi : particularités sensorielles

4 réflexions sur “Les enguirlandés du bocal

  1. Ah oui j’ai mis mon sapin dans le salon, mais je.l’ai.retiré immédiatement après le nouvel an, ne.comprenant pas pourquoi j’etais.mal à l’aise. Tu.viens.sans.doute.de me.donner.la.raison…. merci.

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  2. Intéressant, j’ai remarqué ça également chez mon fils. Les clignotements réguliers (ceux des voyants lumineux sur les tableaux de bord des voitures par exemple) le fascinent lorsque les autres formes l’angoissent. Et particulièrement quand elles se trouvent dans son champ de vision latérale et non frontale.

    Aimé par 1 personne

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