Une entrevue ordinaire dans un CRA… pas ordinaire ?

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… Ou « Pincez-moi, c’est un cauchemar ! »

Attention : témoignage long, possiblement lisible, mais aux risques et périls de vos illusions…

En France, les Centres de Ressources Autismes (CRA) font autorité pour permettre aux parents d’enfants autistes et aux adultes, d’être évalués en vue d’un diagnostic pour des troubles du spectre autistique.

Le problème est que ces centres sont sectorisés selon la carte des régions. On ne peut donc pas, théoriquement, choisir le CRA où s’adresser.

Et d’autre part, le niveau de connaissance et de traitement de l’autisme est très inégal selon les lieux. Certains CRA sont à la pointe de la connaissance de l’autisme, font un travail sérieux, d’autres le sont nettement moins et se comportent comme des lourdauds avec les adultes en quête de diagnostic.

Il se trouve qu’apparemment, le CRA de ma région semble demeurer à la traîne des autres… Ce fait me semble très grave et mériter d’être raconté par le biais de ma propre expérience avec cette équipe. Par décence, je préfère ne pas localiser ce CRA. Certains reconnaîtront probablement le lieu, pour s’y être – comme moi – cassé les dents.

L‘objet de ce billet d’humeur n’est pas de savoir si je suis ou non autiste. Sur ce point, mon opinion est faite depuis un moment. Je n’ai pas l’intention de déballer ma biographie ici. Je n’ai pas le diagnostic « officiel » et j’attends qu’une équipe de professionnels compétents se penche sur mon cas… sans que j’aie à débourser des sommes que je n’ai pas en ma possession. Mais c’est une autre histoire…

Donc, suite à un premier (et dernier) entretien en juin 2014 dans celui de ma région, voici mes impressions…

Au sortir de l’entretien, je pleurais. Plongée dans un brouillard émotionnel et intellectuel complet. Il m’a fallu du temps pour remettre mes perceptions et mes idées en ordre, et comprendre enfin ce qui s’était passé. Comme je l’avais écrit dans le doc que j’avais fourni : je conscientise les choses en différé. Mais si on ne le sait pas, on risque fort de déduire des choses erronées sur le moment.

Brossons le tableau : je viens de faire 125 km avec mon compagnon pour un premier entretien, c’est l’après-midi, je suis fatiguée (je dors très peu la nuit, je fais mes « nuits » l’après-midi, depuis des années). Deux mois avant, suite à accord donné par e-mail, j’avais fourni un document biographique très détaillé, où j’exposais les difficultés rencontrées au cours de mon histoire.

Lors de cet entretien, nous étions quatre autour de la table. Quatre personnes, oui ! Pour interroger une adulte de plus de cinquante ans, qui sollicite un diagnostic d’autisme. Ce qui prouve l’amateurisme de ces « professionnels », quand on sait à quel point il est difficile pour un autiste d’interagir en présence de plus d’une personne… c’est quand même terrible !

Donc 4 personnes : la psychiatre, un éducateur spécialisé, mon compagnon, moi-même. C’est à la demande de la psychiatre que mon compagnon a été convié à l’entretien (j’avais donné mon accord de principe car il est celui qui me connaît le mieux, j’ai confiance en son ressenti). La présence de l’éducateur m’a perturbée : que faisait cet intrus ici ? Je compris plus tard qu’il était là pour faire office de greffier.

Il n’est pas possible de procéder à un entretien d’anamnèse valable, avec une femme à TSA de type « haut niveau » ou Asperger + HPI, ayant fourni préalablement un témoignage écrit s’il n’a pas été lu, ni pris en compte dans l’anamnèse elle-même. Sans parler de l’âge, déjà bien supérieur à la cinquantaine, donc pas née de la dernière pluie !

Un peu plus d’un mois après l’entretien, j’ai reçu un courrier censé rendre compte d’une anamnèse : un document de deux pages, truffé d’inexactitudes et de fautes d’orthographe. Ce n’est pas non plus un résumé sous la forme de notes effectué par un tiers (l’éducateur-greffier) qui permet d’analyser la situation.

La pire des inexactitudes retranscrites dans ce torchon (il faut le dire !) étant que ce serait mon compagnon qui me soupçonnerait d’être autiste parce qu’il aurait lu des livres sur ce sujet : je me demande vraiment où ils sont allés chercher un truc pareil. C’est très grave d’inventer de telles énormités ! À aucun moment cela n’a été dit durant l’entretien, d’une part, et d’autre part c’est rigoureusement faux : c’est moi-même qui fais cette démarche, c’est moi qui ai lu sur ce sujet, qui constitue pour moi un centre d’intérêt dit « restreint ».

Mon compagnon n’a jamais rien lu sur ce sujet, ça ne l’intéresse pas, il s’en fout (et tant mieux). Tout ce qu’il sait, c’est ce qu’il connaît de moi et que je ne fonctionne pas de façon normale. Je pense que c’est déjà bien suffisant pour lui, qui me supporte chaque jour depuis quelques années, avec une patience infinie. Il est venu, disposé à témoigner à mon sujet, mais certainement pas pour que des charlots se permettent d’insinuer qu’il veut faire passer sa compagne pour « dérangée »… parce qu’à la lecture de l’anamnèse, c’est ce qui transparaît entre les lignes.

Je n’ai pas de mots assez forts pour dire à quel point une telle fumisterie me choque. Mais passons…

Quand un entretien d’anamnèse avec une personne autiste « de haut niveau »démarre par une forme de trahison (non lecture du doc), il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle se plie de façon détendue à des questions. De surcroît si ces questions ont pour but de la « coincer » pour réfuter le diagnostic, car c’était bien le but. Et j’avais bien compris, dès l’évocation de cette non-lecture « pour se fier au ressenti » du praticien, que mon cas était déjà plombé : pour la psychiatre, je ne serais pas autiste et c’était sans appel.

Dans ce contexte, m’attendant à cela, je me suis fermée aux questions, n’y fournissant que des réponses incomplètes ou « bateau ».

Première partie de l’entretien : je ne savais pas encore que mon document n’avait pas été lu. J’attendais qu’on me dise l’avoir lu pour relâcher ma vigilance et je me sentais mal qu’on ne me le dise pas, alors mes réponses peinaient à sortir. Elle sont sorties incomplètes, et donc propres à être interprétées de façon erronée. Une fois que j’ai su qu’on ne m’avait pas lue, c’était fini : la panique et le dépit m’avaient envahie, je ne pouvais plus répondre et j’ai fourni des réponses « bateau » faisant partie d’une palette de réponses toutes faites que je fournis quand je ne sais pas quoi répondre.

Donc première partie : réponses lentes et incomplètes (parce que coupées par d’autres questions) et deuxième partie : réponses non représentatives de la réalité parce que stéréotypées pour fuir les sujets abordés et abréger l’entretien.

À cette angoisse de l’éventualité de ne pas avoir été lue, s’ajoutait le fait que je réseautais déjà sur le web depuis des mois, dans maints groupes et sites relatifs à l’autisme, et qu’il est inévitable que les personnes concernées se refilent des « tuyaux » et informations diverses sur les méthodes de diagnostic des différents CRA de France.

Les CRA sont géographiquement sectorisés (donc pas le choix) et je n’ai pas les moyens de débourser 650€ pour une évaluation « en bonne et due forme » dans un centre de diagnostic privé.

Aussi, j’avais été informée de l’orientation psychanalytique de ce CRA en particulier, de même que de la spécialisation de celui-ci pour les enfants, mais pas pour les adultes… Je ne pouvais qu’arriver là, porteuse un bagage de méfiance qui ne me permettait pas de me livrer « comme ça » à des inconnus dont on m’avait donné une image négative.

Accessoirement, on m’avait mise en garde (sans doute de façon inappropriée) au sujet des tests en ligne (QA de Baron-Cohen, RDOS, RAADS…) : il paraît qu’il serait « mal vu » de se présenter avec des résultats de ces tests. Alors je ne les ai pas fournis. Je pense que c’était une erreur, mais dans l’ignorance, je me suis méfiée et n’en ai pas parlé.

« Faire preuve vis-à-vis d’autrui de négligence,

c’est être devant lui comme devant un livre que l’on n’ouvrira pas,

le laissant à lui-même obscur, privé de sens. »

Christian Bobin – « Autoportrait au radiateur »

Etymologie de négliger : du latin neg+legere : refuser de lire (de « cueillir »…)

Et au delà de cette citation, suggérée autrefois par une amie en d’autres contextes, et décomposition étymologique, cela revient à ne voir du livre « négligé » que la couverture, et même seulement la couverture de la couverture, non forcément représentative du contenu. Négliger (refuser de lire) revient à ne pas considérer l’autre dans son contenu réel, et à ne se baser que sur des apparences superficielles, via des préjugés réducteurs qui permettent de ne pas se donner la peine d’aller au delà, d’approfondir le contenu.

Olivier Le Deuff : « Le concept de négligence désigne une série de mésusages qui permet de regrouper sous une même étiquette des échecs communicationnels et informationnels entre l’individu et le document. L’étymologie latine du mot négligence facilite l’élargissement du concept. Negligentia vient de negligere, qui se déocompose en neg-legere (neg-legere en italique) et qui signifie « ne pas lire ». (…). Les négligences sont donc par extension toutes ces actions de non-lecture, refus de lecture ou de « mauvaise » lecture »

« On risque d’oublier l’être humain apte à exprimer des émotions. On le rêve transparent, il devient opaque. Les énoncés définitifs, et pour un temps rassurants, qui permettent d’offrir une carte d’identité à des symptômes, peuvent constituer des « pièges à identité durable » qui font négliger les émotions. »

Simone Gerber

Ce jour là, au CRA, donc : panique, détresse et syndrome de l’imposteur… D’où incapacité à répondre aux questions, sinon par des clichés simplificateurs…

Un interrogatoire à charge… de nier l’autisme chez les femmes verbales sans déficience intellectuelle. Ni plus, ni moins. Alors si de plus, la femme interrogée présente un profil cognitif surefficient, inutile de dire que c’est déjà mort pour elle, avant même qu’elle passe le seuil de la « salle d’audience ».

On ne peut pas interroger efficacement une personne comme moi par des questions ouvertes à l’oral (à l’écrit c’est le contraire), car les réponses seront automatiquement incomplètes, tronquées ou trop simplifiées par adaptation.

J’ai appris à simplifier mes réponses pour les rendre « acceptables » dans un contexte de communication sociale habituel, mais hors de ce contexte, comme lors d’un entretien visant à déterminer si je suis ou non autiste, le pli acquis au cours de ma vie est difficile à abandonner, ce qui fausse considérablement toute forme d’herméneutique (supposée) de mon discours, en particulier dans un contexte de diagnostic d’autisme, où on attend de moi que je me montre sous mon vrai jour, avec des traits autistiques visibles : j’ai passé ma vie à les cacher ! Comment pourrais-je d’un instant à l’autre les abandonner, les laisser voir sans une assurance d’acceptation de mes interlocuteurs ? Interlocuteurs réputés être là pour infirmer les auto-diagnostics, puisque m’étant documentée sur la toile, j’ai lu des centaines de témoignages de personnes s’étant brisées sur le mur du refus de diagnostic en France… Le contexte étant faussé d’avance, mes réponses ne pouvaient qu’être faussées elles aussi, de même que l’interprétation pouvant en être faite.

Pourtant, j’avais bien parlé dans mon document initial du phénomène de double-herméneutique. On est là en plein dedans.

Des questions fermées, auxquelles on répond par « oui », « non » ou un mot, seraient plus pertinentes, mais à condition cependant d’inclure des sous-répertoires dans ces questions fermées, afin de les ajuster au mieux à la réalité, et donc à en dégager des matériaux suffisants sur lesquels se baser. Oui je sais, c’est compliqué.

Herméneutique : théorie de l’interprétation des signes comme éléments symboliques d’une culture. (Définition Larousse).

Par extension, en psychanalyse : interprétation des symptômes.

Dans le cadre d’un diagnostic, le psychiatre interprète les symptômes du patient pour en dégager un diagnostic. Mais ce qu’oublient la plupart des psychiatres, c’est que les patients aussi interprètent, appliquent aussi leur propre herméneutique, selon leurs références culturelles, leurs connaissances et les informations dont ils sont dépositaires.

Alors s’opère un phénomène dit de « double-herméneutique » : le patient arrive avec son bagage, le psychiatre l’évalue avec le sien, et si l’un comme l’autre ne veut ou ne peut se défaire de ses opinions, préjugés et suppositions, la communication ne passe pas, aucun diagnostic n’est possible dans ce contexte.

Le psychiatre observe (croit observer) la personne adulte autiste-hpi selon ses croyances, la personne adulte autiste-hpi le sait et adapte (ou contre-adapte) donc son comportement au contexte. En l’occurrence, elle se ferme et/ou ne peut fournir que des réponses biaisées, à des questions tout aussi biaisées. C’est verrouillé d’avance, rien de bon ne peut sortir d’un tel entretien.

L’herméneutique de la personne adulte autiste-hpi-verbale, c’est de savoir (donc de penser, souvent à juste titre), que les psychiatres français ne veulent pas la reconnaître dans son autisme et que bien souvent, sa quête sera interprétée comme résultant d’un « effet Barnum ». L’effet Barnum désigne un biais subjectif induisant toute personne à accepter une vague description de la personnalité comme s’appliquant spécifiquement à elle-même (Wikipedia).

Autrement dit, quand la personne adulte autiste-hpi-verbale arrive, elle est déjà très fragilisée par sa propre herméneutique : elle pressent que l’entretien risque fort de se dérouler comme un interrogatoire à charge. Elle se méfie, ne peut pas se détendre, donc ne peut pas non plus répondre spontanément, de façon fluide, aux questions qu’on va lui poser.

Je vais donc reprendre ici (dans le désordre) les questions qu’on m’a posées, et auxquelles je n’ai pas pu répondre. Parce que je n’y ai pas répondu, de fait.

« Quel genre de cuisine faites-vous ?« 

À cette question, j’ai répondu que je me débrouille avec ce que je trouve dans le frigo. Mais ce n’est pas la réalité : juste un micro-élément de la réalité.

Je n’ai jamais su me conformer à la cuisine telle que celle que j’ai reçue dans ma famille et à la cantine scolaire. J’ai appris par moi-même, en allant manger « chez l’habitant », et notamment chez l’habitant étranger. La plupart de mes relations d’enfance et d’adolescence étaient des étrangers, quasiment pas de Français. Je n’ai jamais su pourquoi, mais maintenant je me demande si ce ne serait pas significatif d’une recherche de l’étranger comme d’un semblable, m’étant toujours sentie étrangère. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’appris que Josef Schovanec évoqua ce sujet, dans et autour de son livre : « Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez«  (que je n’ai pas encore lu).

Ainsi, la cuisine que je pratique est un patchwork de cuisines du monde. Je dis souvent que je fais de la cuisine apatride. J’ai appris simplement en goûtant et en essayant de reproduire chez moi, par essais-erreurs et réajustements.

J’ai aussi appris dans ma première belle famille, qui était végétarienne par tradition. Là aussi, étrangeté… J’ai observé, expérimenté, stocké tout ce que je pouvais comme informations sur ce mode alimentaire.

Et forte de tout ça évidemment, j’ai acquis suffisamment d’éléments de connaissances pour me débrouiller avec les moyens du bord, avec « ce que je trouve dans les placards et le frigo », comme je l’ai dit lors de l’entretien : c’était la fin de ma réponse et je l’avais dit au début, comme une partie émergente de l’iceberg. Mais on n’a retenu que cela. Peut-être pour en déduire que si je sais me débrouiller, c’est que je suis adaptable… alors que ce n’est que le fruit de toute une vie d’apprentissage.

Qu’y a-t-il dans mes placards et mon frigo ? —> Une collection énorme d’ingrédients divers, allant de produits « exotiques » à une palette impressionnante de produits pour « initiés » à la cuisine végétarienne. Je ne suis plus végétarienne depuis que je vis avec un « non végé », mais j’en ai conservé la palette, que j’adapte selon les préparations. Je possède aussi une collection constante d’une vingtaine de thés de provenances différentes, car je suis très consommatrice et amatrice de thés.

« Comment en êtes-vous venue à penser que vous pourriez être autiste ? »

J’ai répondu : « parce qu’un copain sur facebook m’a dit que selon lui, je serais autiste » !

Le sujet de la question est tellement vaste que je ne pouvais que lui fournir une réponse stupide. Et ils ont pris cette réponse pour argent comptant ! (Oui, c’est dire…)

L’origine du questionnement sur l’autisme :

Lors de l’entretien, j’ai dit que c’était juste parce qu’un ami m’avait identifiée parce que cela s’est produit aussi (et bien plus tard), mais ce n’est qu’une petite anecdote marrante. Ce n’est pas la raison. Là aussi, il fallait bien que je dise quelque chose, alors j’ai dit ça, histoire de fournir une réponse « casable » en quelques mots, pouvant s’inscrire dans un entretien oral. Comme quoi, prétendre dépister un autisme féminin par un simple entretien oral est une erreur digne de potaches, pour ne pas dire une faute professionnelle.

J’avais commencé à me questionner sur l’autisme dont le syndrome d’Asperger en lisant le bouquin de Tammet « Je suis né un jour bleu », que j’avais acheté pour son approche de la synesthésie, vu que je suis synesthète aussi. Mais au fur et à mesure de la lecture, j’ai compris que ce qu’il décrivait de son syndrome d’Asperger correspondait en de nombreux points à mon fonctionnement depuis toujours. Auparavant, je connaissais ce syndrome selon le cliché de « Rainman ». Je connaissais l’autisme « de Kanner » via un cousin (non verbal), rencontré quand j’avais 14 ans, puis un autre rencontré 3 ans plus tard dans une association où je faisais du bénévolat… etc. La liste est assez longue, je ne vais pas tous les énumérer. Je ne faisais pas la différence entre les différentes formes d’autisme.

C’est dans ces groupes que j’ai pris connaissance des CRA en France.

Et puis il faut le dire : mon fils aîné (né en 1984), avant que d’être diagnostiqué sourd, avait d’abord reçu le diagnostic d’autisme à l’âge de 4 ans. Comme nous étions révoltés et choqués par l’injonction du CMP de nous faire faire une thérapie familiale et par leur injonction de le placer en IME, « pour l’écarter de son milieu familial », nocif selon eux, nous avions décidé tacitement, son père et moi, de faire l’impasse sur son autisme, de l’ignorer, de l’occulter, de ne plus en parler, de cacher aux autres comme à nous mêmes cette réalité, pour ne nous focaliser que sur sa surdité.

En bref : le sort (l’aubaine de sa surdité) nous a évité de justesse la catastrophe. C’est ainsi qu’il reçut une prise en charge orthophonique intensive, qui lui permit, outre de dépasser les difficultés inhérentes à sa surdité, d’apprendre aussi à communiquer et de suivre une scolarité « en inclusion ». Aussi, nous n’avions pu le scolariser que dans le privé : le public ne voulant pas de lui, soi-disant parce qu’il n’y avait pas d’aménagements possibles pour un sourd dans les écoles publiques locales.

Donc notre fils n’était pas autiste… J’en étais restée là à l’époque (1988), et j’avais mis un couvercle hermétique sur cette réalité.

Mais revenons à nos moutons… Après le livre de Tammet, j’ai acheté celui de Tony Attwood « Le syndrome d’Asperger, guide complet ».

Puis j’ai rédigé le document transmis au CRA, en utilisant pour trame la liste des symptômes du SA au féminin de Samantha Craft. J’ai coché toutes les caractéristiques dans lesquelles je me reconnais, puis je les ai décrites avec précision pour ce qui me concerne. J’ai laissé de côté les éléments dans lesquels je ne me reconnais pas. Mais ceux qui me concernent sont majoritaires dans la liste.

 

Citation Temple Grandin

« Vous avez lu le livre de Temple Grandin ? »

Non, je ne l’ai pas lu (NB : au moment de l’entretien). Entre l’envoi de mon document et cet entretien, j’ai vu le film qui raconte sa vie, puis plus tard j’ai lu son livre sur le cerveau autistique. La citation que j’ai insérée au début du document émane d’un site web où je l’ai trouvée et adoptée car elle correspond bien à mon vécu.

« Vos symptômes sont probablement dus à votre épilepsie. »

Dans les ouvrages lus, j’apprends notamment que jusqu’à 45% des personnes autistes sont épileptiques (à différents degrés), et que 30% des épileptiques sont autistes. Intéressants croisements… ou intersection des ensembles : pour user d’un terme issu des maths modernes (que j’exècre, mais pour le coup, le concept est pertinent).

Pour ce qui me concerne : non, je ne suis pas épileptique ! J’ai juste une anomalie « de type épileptique » décelée fortuitement lors d’un EEG en 2008. Mais je n’ai jamais fait la moindre crise de ma vie. On dirait cependant que cette info a enthousiasmé la psychiatre, toute contente d’avoir trouvé un prétexte auquel attribuer mes troubles neurosensoriels.

Clair que maintenant qu’on connaît cette histoire « d’intersection des ensembles », les électro-encéphalographes vont grésiller dans les années à venir…

« Avez-vous passé des tests et lesquels ? »

À cette question, j’ai répondu par une autre question : « Quels tests ? Des tests de QI ? » Alors j’ai démarré sur le tests de QI que j’avais passé autrefois. Puis on ne m’a pas laissé répondre pour le reste.

Alors je complète ici la réponse qu’on m’empêcha de fournir oralement : j’ai passé le fameux « Aspie-Quiz », mais pas que… il faut dire que le web propose divers tests, plus ou moins sérieux, mais aussi que dans le Landerneau des autistes, un certain nombre de tests « officiels » circulent sous le manteau. Et c’est une bonne chose : cela permet de s’auto-évaluer, puis de décider s’il est ou non pertinent de s’engager dans un processus de diagnostic. Les psychiatres y sont gagnants car cela permet un écrémage (mon herméneutique portative me dit qu’ils sont capables d’y voir un « effet Barnum » !).

Oui, par pénurie de praticiens sérieux en France « l’autistosphère » s’organise, se fédère, se prend en charge, et fouine pour permettre aux uns et aux autres d’avoir accès à des outils d’auto-pré-diagnostics. Que ce soit positif ou non est une autre histoire… Mais c’est un fait. Et il va quand même falloir que les professionnels composent avec, quoiqu’ils en pensent. Il va s’agir désormais d’admettre le refus des autistes adultes de se laisser manipuler passivement comme un droit légitime, et avec leur volonté de se prendre en charge, de même que leur capacité à s’informer et réfléchir sur leur propre état.

Ce qui apparaît, dans la jungle des démarches pour obtenir un diagnostic d’autisme quand on est adulte :

On accepte de diagnostiquer les branches, mais on nie l’existence du tronc de l’arbre. On aborde les symptômes un à un, les comorbidités éventuelles une à une… sans les relier. Ce qui crée une accumulation (statistiquement) improbable de comorbidités, alors que toutes sont maintenant connues comme faisant partie du spectre autistique, ou des comorbidités du spectre autistique.

Mais la psychiatrie Française, shootée à l’art baroque de l’enfumage psychanalytique, n’en est pas à une improbabilité près… Et il y a de quoi tousser. Ils sont donc capables de lister une flopée de symptômes séparés de l’autisme chez un adulte, sans jamais se résoudre de prononcer le mot qui semble leur brûler les lèvres : autisme (ou syndrome d’Asperger). Impression que ce mot leur évoque quelque obscure diablerie…

Ainsi, une personne peut cumuler plusieurs symptômes connus comme faisant partie de l’autisme, relevant de la triade autistique, mais se voir diagnostiquée sur chacun de ces symptômes en un cumul absurde, alors qu’on sait maintenant que ces symptômes sont englobés dans un seul diagnostic conforme à cet ensemble qui s’appelle l’autisme. Ils sont vachement forts !

Mais ce n’est pas tout :

On se base sur les apparences, sur des réponses orales qui, dans le cadre du SA féminin, n’ont aucune valeur. Les femmes autistes, bien plus encore que les hommes, sont expertes en dissimulation de leurs symptômes, quand bien même elles devraient les laisser voir. Raison pour laquelle l’écrit est bien plus révélateur que l’interrogatoire oral, où ce ne sont pas leurs symptômes autistiques qui se verront, mais au contraire toutes les défenses et stratégies qu’elles ont dû apprendre pour survivre en société. Et plus elles sont douées, plus elles sont expertes en dissimulation, plus leur plasticité cérébrale les éloigne de leurs traits visibles originels (et ce, de plus en plus tôt dans leur vie). Alors à 54 ans… vous pouvez imaginer l’ampleur de la tâche accomplie et la « perfection » du camouflage…

On coupe les extrémités du spectre sous le prétexte que ça ne se voit pas, donc que ça n’existe pas. Néanmoins le problème interne est exactement le même que pour ceux chez qui ça se voit, voire pire, puisque les efforts fournis pour avoir une apparence normale sont constants, puissants et dévoreurs d’énergie. Chez ceux chez qui ça se voit, les efforts sont moindres, donc la souffrance (potentiellement) aussi.

J’étais terrifiée (comme la plupart du temps devant des gens qui veulent me jauger), et j’ai donc fourni des réponses incomplètes, éludant sans le vouloir les réponses qui pourraient confirmer mon auto-diagnostic, minimisant les problèmes.

Aussi, comme je ne sais mentir, j’ai répondu honnêtement (honnêtement dans ma dissimulation du syndrome). Si j’avais, par exemple, dit que je fais la cuisine en respectant des recettes précises, j’aurais eu un bon point. Ça aurait « fait autiste », de même qu’on sort des mots d’esprit en société pour « faire intelligent »… Mais comme j’ai donné une réponse qui indique que je suis créative, j’ai eu un point de retiré : parce que selon le cliché habituel (pourtant largement démenti), les aspies ne seraient pas créatifs ni capables de prendre des initiatives.

« Morcelés nous sommes

pour mieux être dispersés dans le grand néant médical ».

« Attrapeuse d’images »

J’ai aussi rencontré ce problème lorsque j’ai dû être traitée pour un cancer du sein : aucune cohésion entre les services, pas de synthèse ni de prise en compte du patient dans sa globalité. Autrement dit, être correctement soigné et diagnostiqué suppose d’être nanti un niveau intellectuel suffisant pour s’informer par ses propres moyens, au risque d’être mal soigné (sinon maltraité).

L’incapacité à résumer – typique de l’autisme – fausse tout entretien : suite à une question posée, on développe une explication séquentielle, selon un ordre logique et chronologique (contrairement à ce que font les personnes neurotypiques, qui savent synthétiser leurs réponses), l’interlocuteur chargé du diagnostic n’entend donc que le début de la réponse, stoppe le flux d’explications, puis s’en tient à ce qu’il a entendu.

C’est quand même grave que des médecins chargés de diagnostiquer des autistes ne le sachent pas !

Or l’essentiel, la synthèse des réponses aux questions ne peut être établie qu’une fois la totalité de l’explication entendue.

Donc pour un profil « aspie », l’entretien préalable est une technique d’investigation faussée, qui ne peut aboutir qu’à des diagnostics erronés. De même que l’aspie questionné, en total désarroi du fait qu’il sait qu’il ne va pas être entendu, panique et risque fort de fournir des réponses sans relief, afin de répondre quelque chose plutôt que rien, ou tout (puisque la réponse sera coupée). C’est exactement ce qui s’est passé lors de mon entretien au CRA, de même que lors de tous les entretiens que j’ai pu connaître dans ma vie, que ce soit pour un diagnostic médical, un entretien d’embauche, une discussion avec un prof, un entretien avec psy… bref : toute forme d’échange verbal visant à évaluer une situation.

Une personne autiste est rigoureusement incapable de répondre en quelques mots à une question posée. Je suis vraiment étonnée que ce procédé (entretien pour anamnèse) soit encore utilisé pour la détection de ces profils, alors qu’on sait depuis quelques années que ces méthodes ne peuvent fonctionner avec des personnes attachées au détails comme le sont les aspies.

Suite des questions…

Pourquoi êtes-vous restée aussi longtemps avec vos maris ?

(J’ai été mariée 2 fois).

Ce à quoi j’ai répondu : « parce que je respecte mes engagements ! » (Histoire de ne pas répondre : l’ambiance étant devenue vraiment trop malsaine).

Hé oui : normal, je suis autiste ! Mais pas que… Madame la psychiatre-censée-connaître-les-zautistes : au cas où vous ne le sauriez pas : les femmes autistes, quand bien même elles sont douées, sont souvent sans statut professionnel stable, donc sans revenus (à moins d’être rentières). Alors s’enfuir du domicile conjugal, quand c’est l’enfer, est impossible.

Et suite à ma réponse à cette question, j’ai récolté cette réflexion bien idéologique qui mérite le pompon :

« je pense que vous avez un surmoi en béton ! »

Bravo pour la perspicacité. Oui c’est « clair » : j’ai tellement bien intégré les interdits de mon éducation (qui ne peut être que « névrogène », vu que je suis « autistoïde » donc potentiellement psychotique, hein !) que j’en ai développé une attitude de femme soumise qui se sacrifie afin d’user de cette souffrance pour nourrir son surmoi de compète. Parce que c’est bien ça que signifie l’expression « surmoi en béton », dans la tête d’un pro-psychanalyse.

Si j’étais grossière, je dirais : « … et mon cul ?!… » Mais je suis une personne « bien éduquée », n’est-ce pas ?

Avez-vous lu ? Je donne dans le sarcasme, oui ! Alors évidemment (bis, ter, etc.), vu que les autistes sont trop cons pour piger ce qu’est un sarcasme, voilà un « magnifique » argument de plus pour « recaler » la « Madame qui se la joue autiste »… Idem avec les expressions imagées, que les autistes seraient, selon la légende, incapables d’utiliser. Combien de fois faudra-t-il répéter à ces charlots que si les autistes prennent souvent les choses au premier degré, ils sont aussi équipés d’un cerveau capable d’apprendre et de procéder à des déductions ? Faudra-t-il en venir à hurler pour leur faire entrer ça dans la calebasse ?!

Donc, la dame (pas moi, l’autre) a dit : « Vous avez un surmoi… en béton ! »

J’ai bien compris que le fait de dire que j’étais restée si longtemps avec chacun de mes ex par engagement a été interprété comme l’effet d’un surmoi « de compète »… C’est tragiquement risible : ça s’est retourné contre moi, qui passe alors pour quelqu’un qui aurait intégré des interdits par soumission éducative. Quels interdits ? Cette notion d’engagement religieux dans le couple est totalement étrangère à l’éducation athée que j’ai reçue, pas plus qu’elle ne fait partie de mes choix philosophiques comme de mes valeurs. L’engagement est un mot qui a du sens pour moi, mais pas dans le sens chrétien commun.

Non. On est là très loin de la réalité. J’ai dit cela car la réponse aurait été trop longue et qu’il fallait bien répondre quelque chose (comme je l’ai dit plus haut). C’est une réponse « bateau », qu’on donne en contexte social habituel pour éluder un sujet qui serait trop long à développer. Autrefois je serais partie pour des heures de discours sur mon histoire (systématiquement coupée dans mon élan évidemment, car trop fastidieux à entendre et ça se comprend), mais depuis, j’ai appris à censurer cela (réflexe conditionné de protection : ma mémoire se vide). Résultat, on ne se base que sur ce que je dis oralement, et on le prend pour argent comptant.

C’est là que l’approche herméneutique du (vrai) spécialiste de l’autisme aurait été utile.

Je suis restée avec mes ex parce que je n’avais pas les moyens de partir, nulle part où me réfugier : j’étais dépendante matériellement d’eux. Aucun statut professionnel, aucun revenu, un relationnel perçu comme hostile car ne comprenant pas comment une femme (d’ailleurs le plus souvent perçue comme peu sympathique) voudrait quitter un mari si exemplaire en apparence, un fils aîné handicapé et une fille qui avaient besoin de moi et du confort matériel que seul leur père pouvait assurer (si j’étais partie, il aurait tout fait pour nous nuire)… Idem avec le second en ce qui concerne le relationnel. Et puis comme je fais spontanément confiance, j’ai toujours cru qu’ils allaient comprendre, de même que j’ai été assez naïve pour croire durant des années aux mensonges du second.

Il est clair que si j’avais eu des moyens financiers et si j’avais été moins dupe, je les aurais quittés l’un comme l’autre. Mais en l’absence de ces moyens, je préférais investir sur mon hypothétique adaptation à la normalité avec l’un, et sur l’aide que je pouvais apporter à l’autre. Mais finalement j’ai été éjectée, dans des conditions très dures (matériellement comme psychologiquement puisque c’était basé sur mes déficiences sociales), mais il était effectivement nécessaire que je me trouve écartée de ces deux personnages nuisibles pour ma personne.

Alors donc… suite des énormités :

IQ_distribution.svg

« Tous les surdoués sont un peu Asperger »

(dit sérieusement, c’est à dire sans rire).

Depuis le temps que je gravite dans des associations de personnes « à haut potentiel », j’ai pu côtoyer nombre de surdoués parfaitement neurotypiques, ne souffrant d’aucun problème moteur, cognitif, sensoriel, social… Ceux-ci vont très bien, merci pour eux. Ils vivent bien intégrés socialement, et même s’ils souffrent parfois de soucis existentiels, leur vie est plutôt épanouissante, ne serait-ce que du fait qu’ils sont armés pour acquérir un statut social leur permettant des plages de ressourcement si nécessaire. Aussi, vivant à l’abri de l’exclusion sociale, ils ont les outils leur permettant de pallier leurs éventuelles frustrations ou lacunes, quand ils en ont.

Mais pour les autres… ?

C’est un peu facile de « larguer » tous ces gens en situation de détresse extrême, sous le prétexte que « puisqu’ils sont intelligents, il devraient s’adapter, s’en sortir » et que parce qu’ils sont intelligents, leur autisme ne se voit pas de façon évidente (stratégies de camouflage nécessaires à leur survie)… et leur fourguer dans la foulée l’injonction de suivre une psychothérapie analytique, afin de bien les enfoncer dans l’idée existentialiste qu’ils sont responsables de leur détresse par ignorance de leur psychogenèse ! Donc, « si on veut on peut », bien sûr… et un peu de poudre de perlimpinpin freudo-lacanienne, histoire de donner dans la cuisine magique de la connaissance de soi menant au bonheur… Une façon éhontée de défausser la communauté soignante (et la communauté tout court, la collectivité) de ses responsabilités, face à un groupe humain en souffrance.

Ah j’oubliais ! Dans l’anamnèse bidonnée, outre l’attribution des troubles sensoriels à de l’épilepsie, on peut lire que mes « particularités laissent penser à une précocité ». Vous avez cinq minutes pour rigoler !… Maintenant, je trouve effectivement que certains praticiens possèdent aussi des particularités faisant penser à de la connerie. (Parce qu’à ce niveau, on ne peut même pas parler d’erreur de vocabulaire).

L’éducateur présent avait parcouru ma biographie en diagonale et en avait fourni un bref rapport à la psychiatre. Alors qu’on approchait de la fin, voilà que mes troubles sensoriels sont évoqués à demi-mots (non par moi mais par la psychiatre), et attribués à ma soi-disant épilepsie. Alors sans doute par un effet de sa « bonté », elle me proposa de m’aiguiller vers un psychiatre et un neurologue pour évaluer cela. C’est cette opportunité que j’ai choisie pour m’animer un peu car j’y ai vu un moyen d’écourter cet entretien totalement vain, par une issue me laissant encore un peu d’espoir (celui d’obtenir enfin une évaluation… que je n’ai toujours pas obtenue, d’ailleurs), tout en lui laissant l’impression d’avoir fait une action charitable. J’ai donc manifesté mon approbation en dénouant mes jambes (qui étaient plus que croisées depuis plus d’une heure), en m’adossant au dossier de la chaise et en amorçant un sourire.

Et à la fin de l’entretien, voici ce qu’on m’a dit en substance* :

« Ce serait bien que vous fassiez une psychothérapie analytique, afin de déblayer ce qui a développé chez vous un surmoi si costaud »…

Ce à quoi j’ai répondu qu’ayant erré de psy(cho-cha-chia) en psys pendant plus de deux décennies (en données cumulées, car ça s’est échelonné sur 35 ans en réalité) parce que je croyais ceux qui me disaient névrosée, sans que jamais personne ne soit capable de m’aider (hormis une : celle qui me fit passer un test de QI), j’ai appris à me démerder seule, merci ! Et que j’ai déjà fait moi-même mon auto-analyse (pas de souci pour moi : analyser, je sais faire).

J’aurais pu ajouter que l’un de mes centres d’intérêts « restreints », durant mon adolescence, fut la littérature psychanalytique. Et j’en ai suffisamment soupé pour en retenir l’essentiel, puis m’en écarter sans regret !

Camembert_(Cheese)

Alors pour finir mon brûlot :

En termes de connaissance de soi, les surdoués à profil autistique – bien informés car c’est dans leur nature de collectionner les informations – n’ont pas de leçon à recevoir lorsqu’ils sollicitent un diagnostic d’autisme.

Réponse irrévocable, « du berger à la bergère ».

Maintenant « c’est pas l’tout », comme dirait ma vieille mère : il serait temps qu’on arrête de nous imposer des charlots pour dépister l’autisme chez les adultes en France… que des professionnels consciencieux puissent se former, accéder aux outils de dépistage, et que les facs de psycho et de médecine se mettent au parfum concernant l’état actuel de la recherche sur l’autisme.

Et c’est ainsi que les « patients » se voient obligés de devenir des spécialistes pour former ceux sur qui ils devraient pouvoir compter pour les diagnostiquer correctement.

© Blandine Messager – 2014

Pour la suite des joyeusetés et la mise à jour des infos sur ce parcours, voir sur la page « Récapitulatif des articles de l’Autistoïde« …


(*) – Oublié d’ajouter dans mon texte que le poncif de l’intonation dans la voix m’a aussi été sorti. C’est à dire que cette psychiatre est encore dans la croyance que tous les autistes parlent de façon aussi monocorde que Mr Schovanec (qu’il seraient des clones, en somme), quand ils parlent. Et bien que mon intonation verbale soit très monocorde (on me l’a trop souvent reproché, excepté quand je lis à voix haute), elle ne l’est effectivement pas autant que la sienne.

Autre propos insane ajouté par la psychiatre de ce CRA au cours de l’entretien :  le syndrome d’Asperger n’existerait pas chez les femmes car quand les filles sont autistes, ce serait « toujours » accompagné d’une déficience intellectuelle. Les femmes autistes formellement diagnostiquées qui liront cette information « hautement éclairée » apprécieront…

 

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23 réflexions sur “Une entrevue ordinaire dans un CRA… pas ordinaire ?

  1. Je vous remercie pour votre témoignage, je remercie d’ailleurs toutes les femmes asperger qui osent créer des blogs et exprimer leur colère, sans détours. Vous toutes donnez de la voix à ma colère, trop tendue à se rompre pour que je puisse la mettre sur la toile. Je pleure mais je me sens moins seule, je reconnais une intelligence qui me parle, une honnêteté qui est rare, avec sa violence nue (votre article Résignation et cécité aux signaux). J’ai l’impression que c’est un peu ça, aussi, être asperger : tout ce qui pourrait paraître fou, ou honteux, voire sale, s’explique si simplement. Je pleure mais ça fait du bien. Merci
    Quant à changer le titre de vos articles parce qu’ils risqueraient d’offenser : il n’existe pas de « communauté » à préserver de certains mots, ou qui seraient dépositaires de ces mots, il y a des individus qui lancent des mots au vent et d’autres individus qui les attrapent au vol, qui jouent avec et les relanceront un jour dans les airs. On peut dire « non, arrête, je ne suis pas folle ! » sans offenser les fous. Et tout en étant un peu folle d’ailleurs… On a le droit de dire « c’est mon côté autiste » sans être autiste et sans blesser les autistes. La cécité peut prendre bien des formes. Et la reconnaissance et le respect d’un handicap induit (pour moi) aussi la reconnaissance et le respect de traits de caractère liés à ce handicap. Enfin, le langage, qui est si imparfait pour décrire notre réalité, a ceci de merveilleux qu’il ne se laisse pas mettre en cage, il bouge.

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  2. J’ai beaucoup apprécié la pertinence, l’acuité et la richesse de votre analyse. Que votre texte soit parfois cinglant est amplement mérité lorsque l’on a affaire à des professionnels qui n’ont de cette qualification que le statut, sans les qualifications justement. Ni semble-t-il pour certains la volonté de les avoir, ce qui est bien plus grave, car il est toujours possible d’apprendre si on a la volonté de le faire afin d’être en accord avec… sa conscience professionnelle, justement encore. Mais c’est tellement plus facile de s’en tenir dogmatiquement à des stéréotypes de façon binaire « oui-non ». Pas d’efforts, écrémage facile, et paie mensuelle assurée tout autant. Les personnes peu ou mal qualifiées (et plus ou moins impliquées) participent alors à la détresse des personnes qui viennent vers eux en quête de réponses susceptibles de les aider, pour repartir finalement plus dépitées et confuses encore.
    Merci de savoir si bien mettre en mots ce que les autistes en quête de diagnostic vivent trop souvent.

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  3. Bonjour.
    Je ne sais pas si je suis de la même région mais j ai vécu la même terrible, atroce, insupportable expérience au CRA avec une psy, un « script ». J en ai pleuré à peine la porte du CRA franchi…

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    1. Je dévoilerais volontiers le lieu, mais je préfère ne pas dire où ça se trouve ici, car c’est lisible de tous, même de cette psychiatre qui pourrait éventuellement passer par ici. Et je ne voudrais pas que ça se retourne contre moi pour la suite de mes investigations afin d’obtenir cette évaluation que je veux sérieuse, c’est à dire réalisée par une équipe pluridisciplinaire et basée des batteries de tests, des questionnaires, des examens médicaux, neurologiques sérieux (donc approche rationnelle et non pas empirique), et non sur la base d’un jugement subjectif au faciès, d’une seule personne. Car ce monde est petit (dans tous les sens du terme). Et quand je l’aurai, je ne divulguerai pas non plus le lieu ni le nom ici, car ça n’apporterait pas grand chose de constructif. Je veux juste mettre le doigt sur un problème récurrent en France (car j’ai lu d’autres témoignages venant d’ailleurs). Mais il est vrai que là, il semble que je sois vraiment tombée sur l’un des pires centres.

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      1. Bonjour. C’est pour la même raison que je ne devoilerai pas mon vrai nom car je tiens à avoir un diagnostic sérieux et non basé sur certains clichés ou pseudo analyse freudienne.
        Et oui, si j ai pensé que peut être je puisse avoir des traits autistiques, c est que j ai un problème relationnel avec ma mère…
        Des débuts de réponse coupées, et des conclusions sur ces bribes uniquement. Des amalgames avec mon probable hqi et les tsa.
        Essayer de me forcer à dire ce qu’elle voulait entendre et non ce que je ressens en me coupant en début de chaque explication. Pour finir par il faut une psychanalyse pour savoir d’où vient ce manque de confiance en soi accablant. (Manque de confiance en soi non validé par la neuropsy 2 mois après)…
        Bref, une douloureuse et amère expérience

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  4. Du coup, j’ai été faire un tour sur la liste de Samantha Craft…. heu…. pas certaine que tout se réfère au SA,. J’ai l’impression qu’il y a aussi pas mal de point qui relèvent du HP et du TDAH …. pour ça, si le diag n’est pas officiel pour ce qui me concerne (c’est compliqué aussi pour ces diag là hein….) c’est déjà plus qu’une certitude… je fréquente suffisamment de thérapeutes pour avoir eu la confirmation… des thérapeutes dont certains m’orientent aussi vers le CRA…. haha… Bref…. D’après la liste de Samantha Craft …. je suis gravement atteinte ! lol !

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  5. j’espère que pour les décharges de type épileptique vues sur l’EEG « on » (ce c.. !) ne t’a pas prescrit d’anti-épileptique… parce que qd il n’y a pas d’épileptie, les anti-épileptique ne font qu’augmenter les décharges électriques… et … forcément, c’est pas bon pour le cerveau…
    On constate des décharges de type épileptique ds l’EEG des personnes atteintes de TDAh…. (je ne sais pas si c’est également le cas pour les SA … sur ce point là, tu est sans doute + documentée que moi…. ça fait un peu moins d’années que toi que je cherche …. mais qu’est-ce qu’on a à chercher comme ça ??? hein ???)

    Pour avoir eu affaire aussi à ce type de médecins, je ne peux que plussoir…. le malheur c’est que même en dehors des TSA, on a à peu près le même type de réaction, alors forcément quand on transpose le problème sur des troubles autrement moins connus et reconnus…. bah…. cata….

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    1. Non, heureusement, on ne m’en a pas prescrit. On m’a envoyée voir un neurologue de l’hôpital pour une vérification (résultats de l’EEG antérieur + consultation), il n’a rien trouvé. Selon lui, je ne suis pas épileptique, et ça m’arrange bien ! Il y a juste une petite anomalie à l’EEG, mais bénigne, qui indique juste un « terrain », sans plus.

      Vu que plusieurs membres de ma famille sont ou furent épileptiques (générations antérieures + un neveu), on peut supposer que des facteurs héréditaires peuvent générer quelques éventuelles anomalies.

      J’ai eu à prendre une seule fois des antiépileptiques dans ma vie, ponctuellement et sur une très courte période, suite à des problèmes d’oreille interne. Je n’ai pas eu la moindre crise.

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      1. Mais j’ai aussi reçu un diagnostic de TDA (sans « h ») atypique en 2007 (CHU). Méthylphénidate pendant 1 an 1/2, avec résultats très positifs (meilleure vigilance, moins de fatigue…). Mais pas souhaité continuer pour diverses raisons, dont notamment le fait que je ne supporte pas l’idée de devoir dépendre d’un médicament, quel qu’il soit. C’est bien le seul que j’ai accepté de prendre dans ma vie.

        Le diagnostic de TDA est partiellement juste, il me semble : je suis effectivement distraite, oublieuse, et ma mémoire de travail n’est pas terrible. Mais ça ne colle pas sur d’autres points : je ne suis pas hyperactive, et très fortement secondarisée (aucune impulsivité, jamais et j’ai toujours été très passive dès l’enfance). Je suis très flegmatique en général, hypotonique, grande lenteur motrice, dyspraxique en motricité globale, très visuelle aussi, donc je n’entre pas vraiment dans le tableau clinique du TDA/H. Les personnes avec TDA/H sont connues pour présenter de mauvaises performances en perception visuelle/3D, et ont des réactions motrices rapides (même si brouillonnes), donc je suis à l’opposé de ce tableau. Or ce sont des subtests où je suis au taquet (spatial, mémoire visuelle). Bref, ce diagnostic de TDA n’est pas très clair, même s’il a été posé en « bonne et due forme », c’est à dire après des cessions de tests neurologiques très poussés, échelonnés sur deux mois. Mais vu que c’était dans le cadre d’une recherche, je soupçonne un biais de recherche, qui a peut-être poussé les intervenants à « ratisser large » dans les critères.

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  6. Ohhh lalala..c est mon psychiatre qui m a envoyé ce lien, suite à un rdv dans un CRA il y a 15 jours, j’ai vécu la même chose, ce que vous écrivez m a fait tant pleuré….je vais digérer et aimerai bien témoigner mais un peu plus tard

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    1. Je suis désolée que cela vous ait fait pleurer, mais je le comprends bien car je suis passée par là. Rassurez-vous, on finit par digérer tout ça. Et le fait d’écrire, de témoigner, aide pas mal à liquider le malaise. Reste ensuite à continuer son chemin avec ça. Et c’est une expérience qui, bien que décevante, aide aussi à développer sa combativité pour agir et exiger plus de respect. Même si ce n’est pas gagné, plus il y aura de témoignages, plus ça se saura, plus ils seront obligés de se réformer.

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      1. Oui s’est passé, par contre le malaise est certain, malaise face à des cliniciens qui ne prennent en aucune manière le patient en considération, pour moi, c’était déjà joué avant même l’entretien- cela m a été clairement dit- de plus il vous laisse dans le désarroi le plus total, juste après, non seulement il ne vous écoute pas, mais contredisent ou banalisent TOUT ce que vous ESSAYEZ de dire. Je trouve cela honteux. Ce n’est pas tant qu’ils aient décidé que non pas besoin de test – encore que – mais bien la manière dont vous êtes entendus et les super clichés qu ils vous balancent de type: vous regardez en périphérie mais vous savez regardez aussi par moment dans les yeux, donc c est une bonne nouvelle. Perso, je n avais pas compris. Après oui. Evidemment un Asperger ne regarde pas dans les yeux, Un Asperger ne parle pas, on m’a demandé si j avais des enfants et si je m en étais occupée par ex, ça me paraissait tellement débile, et oui je m en suis occupée et heureusement j’ai envie de dire, ce qui sous entend, qu’une femme Asperger NE PEUT S OCCUPER DE SES ENFANTS, on ne m a pas demandé si j avais eu des difficultés, comment je gérais etc. etc. Mais il faut dire que l entretien était biaisé avant même que j arrive. Décidé à l avance donc orienté vers la porte de sortie et tout cela en à peine plus de 30 mn. Je leur ai demandé : mais donnez moi une piste- sachant que j ai 17 ans de psys derrière moi- et on m a répondu: continuez à chercher. Pour qui connaît ce parcours, ce « continuez à chercher « est juste insupportable à entendre. et ce , même si je ne le suis pas.
        Cdlt,

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    2. Je reviens sur ton analyse du TDA/H, on peut-être TDA/H+ ou TDA/H-, c’est à dire pour ce dernier sans aucun symptôme d’hyperactivité-impulsivité (les deux vont de paire, et par impulsivité, on entends aussi bien l’impulsivité motrice que l’impulsivité réactionnelle) Les symptomes cliniques sont très fluctuants d’un individu à l’autre, ce qui n’aide pas au diagnostic… un peu comme le SA ou le HP :p Et quand d’autres signes particuliers viennent s’ajouter, c’est d’autant plus compliqué. L’amélioration ressentie avec le MPH ne peut que confirmer ce diag 🙂

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  7. Bah, si seulement on pouvait les former.

    Mais nan, ces môsieur, madame savent déjà tout. Parce qu’il ont échangé avec 3 bas niveau, qu’ils prennent au passage pour des demeurés finis, ils pensent être devenus à leur tour des génies.

    Ils croient que l’autisme est une maladie contagieuse qui leur a fai pousser le cerveau.

    Ils m’ont sorti :

    « Les autistes ne comprennent pas un mot de ce qu’ils racontent ».

    Wouais, alors imagines, on va pas commencer à écouter des gens qui ne comprennent rien de ce qu’il racontent.

    Oui, on a apprit à parler, et on nous répond : « fermez vos gueules ».

    Bein, les autistes doivent prendre la parole.

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    1. Très certainement, je n’en doute pas. Parmi les témoignages qu’on m’a relayés, la plupart ne savent pas si elles le sont ou pas, d’autres savent qu’elles ne le sont pas… Je parle essentiellement (voir l’autre article sur les « vieux ») des personnes sans déficience intellectuelle, pas particulièrement des hpi. Dans l’article ci-dessus, j’évoque mon cas en particulier et il se trouve que j’ai un hqi, et j’ajoute que cela ne doit pas servir de prétexte fourre-tout pour prétendre que c’est à cause de ça que j’ai des surcharges sensorielles ou que j’ai besoin de m’isoler. Je cumule les « circonstances aggravantes », en quelque sorte.

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